Dans le temps, il y a quelques décennies , on appelait ça des « chanteurs engagés »... Style barbus en colère fustigeant la vilaine société de consommation et les méchants marchands de canons. Aujourd'hui, ça sonne un tantinet désuet, même s'il y a toujours -et sans doute plus que jamais- de quoi râler, tempêter, se révolter. Romain Dudek ne s'en prive pas. Les étiquettes, il s'en soucie comme de sa première corde de guitare: pourfendeur d'idées reçues, chantre de la contradiction, troubadour à rebrousse poil, baladin contestataire, appelez le comme vous voudrez. Lui se contente de pousser, en chansons, ses coups de gueule comme ses coups de coeur. A la limite, s'il fallait le cataloguer, il préfèrerait l'appellation de « bon à rien », titre ironique d'un de ses précédents disques. Bon à rien mais prêt à tout, toutes les luttes, toutes les solidarités, toutes les colères, pourvu qu'elles lui semblent légitimes et humaines. Comme il dit: « Je revendique haut et fort mon indépendance vis à vis de toutes les institutions, chapelles ou drapeaux. Mais ça ne m'empêche pas de réfléchir, de discuter, d'observer, de critiquer... » Sur son dernier album, « Poésie des usines », le quatrième d'une jeune mais prolixe carrière, il y a une chanson qui a déjà beaucoup fait parler d'elle. Elle s'intitule « Bernadette n'aime pas les enfants », moqueuse pochade contre l'hypocrisie charitable. Diffusée sur le web avec l'appui et l'intermédiaire du journaliste John Paul Lepers, cette cinglante rengaine, « plus une réaction cutanée qu'une chanson politique » comme dit son auteur, a attiré les foudres de la censure: Wanadoo a même été, en mars dernier, jusqu'à supprimer purement et simplement le site créé par le chanteur et sa compagne la comédienne Claire Foutrel, pour crime de lèse-première-dame-de -France... Pourtant, on aurait tort de ne voir en Romain Dudek qu'une sorte de rebelle professionnel sur des ritournelles en quatre accords pépères. Si le petit Romain, natif de Béthune mais citoyen de Dieppe, s'est abreuvé aux sources de la chanson francophone, Ferré, Brel, Renaud et consorts, il s'est nourri aussi de rock, de jazz et même de reggae. « J'ai autant écouté Brassens que Police », affirme t-il. Ce qui s'entend dans ses disques, à travers un jeu de guitare aussi électrique qu'éclectique, vital qu'expérimental, et une kyrielle de rythmes foisonnants, scandés sur ce nouvel album par Maël, le désormais inséparable percussionniste. Rien qu'à eux deux, ils peuvent évoquer Noir Désir croisant le fer avec Mano Solo, ou Trust faisant le boeuf avec Alexis HK. Ajoutez Céline et Pierre Desprosges pour la verve féroce et vous aurez une vague mais solide idée du tableau... « Moi j'aime la solitude et le mystère, j'aime l'acide et l'amer » chantait Romain dans un de ses précédents enregistrements. Cet ancien ingénieur du son (il a travaillé, entre autres avec Daniel Mesguich) et multi-intrumentiste (il a étudié violon, piano, guitare et basse au Conservatoire) a commencé à écrire des textes à l'âge de quatorze ans. Ses trois premiers albums, « Le Marchand de sable » en 97, « Choucroute tous les jours » en 2001 et « Le Bon à rien » il y a trois ans, montraient déjà une propension à croquer l'actualité, qu'elle soit sociale ou politique, avec des titres comme « Olga », l'histoire d'une prostituée atteinte du sida, « W », sur la guerre en Irak, ou « Le coeur en deuil », à propos d'un tristement historique 21 avril 2002... Ce qui ne l'empêchait pas de rendre hommage à sa grand-mère polonaise (« La muse du Coron »), de reprendre Brel (« Les Singes ») ou de mettre Baudelaire ( « Infâme ») en musique. Dans ce nouveau disque, « Poésie d'usine », on retrouve, encore transcendée par la maturité, la fougue d'un Romain toujours nullement prêt aux concessions et à la résignation. Ainsi, le titre éponyme est dédié aux 48 salariés de l'entreprise dieppoise Palace Parfum, qui virent leur usine déménagée en douce, pendant les vacances de Noël 2002. Hasards du calendrier, les patrons indélicats viennent d'être condamnés, par contumace, à trois ans de prison ferme... Comme chante Romain, «dans les ateliers, dans les cantines, y'a d'la poésie dans les usines... » « Le Tango des assassins », lui, fait virevolter une ronde de dictateurs sanguinaires, « de Mobutu à Pinochet, de Napoléon à Pétain ». Dans « 40 vierges », l'artiste s'adresse sur le mode satirique aux apprentis kamikazes embrigadés, à qui l'on promet un paradis de luxure éternelle... « Qu'est ce que tu préfères » interroge ailleurs Romain Dudek, « entre le cynique et le vulgaire, entre le flic et le gangster, le faux-cul et le faux-frère...? » « Salauds de pauvres », sur une sorte de tempo disco cannibale, flingue à bout portant les clichés véhiculés aussi bien par le beauf moyen que par certains hommes politiques. Mais le Dudek caustique et fort en gueule cède parfois la place à un Romain tendre et lyrique, comme dans « Etoile », poème à la beauté fiévreuse, « Ou est mon enfance », ode nostalgique aux jours heureux, ou surtout « Melissa », émouvant portrait à la douceur chaloupée d'une jeune fille « pas normale », sans doute inspiré par les ateliers vocaux que l'artiste a déjà animé dans sa ville pour des handicapés mentaux. « Je suis africain » revendique t-il ailleurs sur un souple tapis de choeurs percussifs, allusion à un père prénommé Brahim, ce qui ne l'empêche pas de clamer « A mort l'amour », passionnelle ballade ... d'amour à mort. « Je ne veux pas de faux semblants, je ne veux pas être un souvenir, je ne veux pas être un sourire, je ne veux pas être patient ». A à peine trente ans, Romain Dudek, le baroudeur du verbe, le trublion de l'émotion, l'iconoclaste tendre, a encore tout le temps d'être impatient.


Philippe Barbot


Distribution : Codaex





 

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  World Inclassable, le poète gabonais se promène de métaphore en symbole, rend à la mythologie ancestrale toute son actualité, tisse la trame lyrique de ses contes inspirés par la cadence douce de l'Obaka, le petit triangle en bois accompagnant le grondement des tam-tams. Il étale les notes légères d'une guitare sèche sur des voix liquides évoquant les contradictions de la modernité, l'unité de l'Afrique ou les bienfaits de l'eau, source primordiale de la vie. Pierre Akendengue sort de son génie créatif une petite lumière d'espérance, une supplique au tout-puissant, un chantefable empreint de tendresse, avec le soin avisé de les envelopper délicatement dans le son acoustique de cordes, les ponctuations mesurées de percussions, les voix émouvantes du chœur. Avec ses effets de dépaysement, ses histoires à fouiller en profondeur et cette sorte de religiosité imagée contagieuse et brillant dans la lueur d'une note ou la fissure d'une voix ...


Distribution : Codaex





ZACH PRATHER'S
BLUES EXPRESS


Zachary "Zach" Prather est né à Chicago le 29 février 1952 et réside à Lucerne (Suisse) depuis 1996. Chanteur, batteur et guitariste, il a accompagné de nombreuses stars du Blues et du R'n'B telles que Minnie Ripperton, Luther et Bernard Allison, Margie Evans, Screamin' Jay Hawkins et Willy Dixon, qui juste avant sa disparition, s'apprêtait à produire son premier album... (lire la suite)


Distribution : Codaex


XAVIER RICHARDEAU                                             

Saxophone au registre voluptueux, le baryton reste méconnu bien qu'ayant toujours été servi par le talent de musiciens d'envergure ( Serge Chaloff, Pepper Adams, Gerry Mulligan...). Xavier Richardeau s'inscrit dans cette mouvance, lui qui, rompu à la scène new-yorkaise, a su saluer la tradition et renouveler l'intérêt pour l'esprit... (lire la suite)


Distribution : Nocturne

 

RAS MICHAEL

A 56 ans, Ras Michael est le gardien d'un héritage musical jamaïcain : le Nyabinghi. Calqué sur les battements du cœur, ce style de percussions se joue à l'aide de tambours Burrus. Survivances religieuses africaines, ces percussions sont la forme musicale la plus ancienne de la Jamaïque... (lire la suite)

 

THE ETHIOPIANS


LARRY MARTIN

L'homme dit-on est à tout le moins taciturne et peu facile d'accès. Il serait même à en croire certains un bel enquiquineur, mais en réalité peu le connaissent vraiment car il ne sort que rarement. "Sa froideur apparente, dit son ami l'écrivain américain Robert Mc Cammon, n'est souvent qu'un désintérêt dû à la timidité"... (lire la suite)

 

VINCE TAYLOR

Vince Taylor, né en 1939, dans la banlieue de Londres, deviendra une figure mythique du rock'n'roll des années 60-70, l'homme au costume de cuir moulant, aux chaînes de vélo, au jeu de scène lascif et provocant qui influença Mick Jagger et dont l'image inspira... (lire la suite)

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